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Pins rouges, pins blancs

Pins rouges, pins blancs, serrés drus
jusqu’aux berges de la grande rivière.
Vaste chevelure sauvage au vert parfum.

Tu te souviens, jadis, nos corps ornés d’aiguilles de pin,
à la peau, collées par nos sueurs emmêlées.
Sous les pins rouges et blancs,
ma chevelure sauvage, ton vert parfum,
jadis, quand le monde était rouge.

Il a bien pâli depuis.

Au lieu de nos amours, a surgi du construit.
Pics et pioches, enclumes et scies.
Pins rouges, pins blancs devenus navires, lambris, planchers.

Ils portent leurs cheveux rasés et ça sent le noir.
Pétrole.

Nous la laissions être mousseuse et bondissante.
Ils la façonnent, la domptent, la canalisent.
Elle était verte et bleue, la voilà grise.

Mais vois, l’esprit revient, totems contemporains.
Ils prennent des figures nouvelles
qui, parfois, évoquent de loin les anciennes.
Sur les berges de nos amours, à l’œuvre, les leurs.

Si nous avons changé,
si, du rouge, il ne reste que traces
qu’on tente toujours de blanchir,
nos collines, elles, au fil de l’eau, demeurent.
Elles veillent
silencieuses sur le ruisseau
qui, lui, coule encore.


©2021, Pins rouges, pins blancs, Françoise Charron

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