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Bagage 5

Depuis quarante ans, la pensée de trouver une perle dans les poubelles fait surface de temps en temps. Quand je « fais une poubelle », je cherche quelque chose que j’ignore.

Un jour de nuit, je me promène dans la rue. Je croise quelques figurants et le centre de mon histoire, un sac à ordures extraordinaire. De l'extérieur, il est semblable à des milliards d’autres vendus dans les magasins. En ouvrant mon sac à surprise en plastique noir, opaque et résistant, je remarque d’abord un boîtier carré en fibres synthétiques quadrillé en verre et conçu, parait-il, pour contenir des tasses. Au vu de sa lourdeur et de ses proportions (il mesure 1 mètre carré et pèse plus que moi), il est indéniable que l’intérieur de mon sac a des propriétés que l’extérieur ne partage pas. C’est bon signe! Justement, le chant d’un oiseau s’en échappe. Pour être exacte, un gazouillis clair un tantinet discordant. Le chant d’une sirène n’est pas plus spécial que celui-là. Alors je plonge. J’encercle le grand boîtier avec mes deux bras. Je fais un contrepoids avec mon corps et j’extirpe l’encombrant, un centimètre à la fois, de crainte qu’il n’abîme ma perle. Je referme le sac (quelle déception si par ma faute il s’échappait) et l’ouvre juste assez pour passer un œil dans l’embouchure. Je l’aperçois, seul et lointain, dans le milieu de nulle part, grâce à ses ailes au vert luisant. Est-il pour moi? Oh! Je ne sais par quelle magie l’oiseau est sorti. Il s’est posé sur le boîtier. Oh! Il vient de regagner sa cache. Le voici de nouveau! Vice versa! À chaque sortie, l’image prometteuse que j’en avais se dégrade. Désormais, l’oiseau-enfant-de-taille-moyenne porte une veste de laine de l'ancien temps. Il a perdu tout son brillant. En fin de compte, on dirait bien une corneille amaigrie et toute nue. Mais je suis fort étonnée d’apprendre qu’elle appartient à un nomade ou à un sans-abri.

©2021, Bagage 5, Caroline Gomes.

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