Les morts, les camps
elle entend le mot coup – elle entend – la musique comme un miracle au milieu de la souffrance, des rats et de l’odeur des latrines – et la voilà qui pleure sans effort, sans le demander, en souvenir, oui, en souvenir de cette épreuve et de la gueule béante, rougeoyante des fours – y fut-elle – son cœur est transpercé – cloué sur le mur de bois vermoulu – d’un seul poinçon de rail – un cœur rouge qui bat, qui bat malgré tout – intact malgré la tige de fer bien enfoncée qui le tient prisonnier du mur – témoigner comme si elle y avait été – elle ne se l’explique pas – mais elle s’en souvient – s’en souvient comme si c’était pour être demain.
J’entends encore les morts chanter. Je les sens encore surgir de leurs tombes – les mariages boiteux, les emplois scandaleux, les amitiés indignes.
J’entends les morts parler, me parler – je dis les morts, mais ce sont peut-être les êtres de l’outre-monde. Je les vois venir s’asseoir au pas de ce portail qui, en moi, s’ouvre sur la nuit.
©2021, les morts-les camps, Françoise Charron
