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Le petit singe

À six ans, je vois et je sens beaucoup de choses dont je ne parle pas. Car les adultes autour de moi ont l'habitude d'éviter les sujets qui les dérangent:
- ce qu'ils ne connaissent pas assez
- ce dont ils n'ont pas fait l'expérience
- ce qui n'entre pas dans leurs champs d'intérêt
- ce qui se passe à l'intérieur.

Dans ces cas-là, ils s'éclipsent en m'adressant un sourire gêné ou subitement ils sont très occupés.

Ces choses, pourtant, me tiennent éveillée des heures durant dans mon lit, le dos appuyé au mur, les yeux écarquillés, dans l'attente qu'elles se produisent. Ce n'est qu'après leur passage que je peux m'endormir.

Par exemple, un soir sur deux, un petit singe sort du placard. Il s'approche de moi en silence et me fait sursauter en appuyant distinctement un doigt au milieu de mon dos.

Trois formes humaines drapées d'une ombre blanche viennent aussi me visiter. Elles arrivent par le couloir et s'immobilisent dans l'embrasure de ma porte de chambre sans jamais y pénétrer, car je cligne des yeux trois fois.

©2021, Le petit singe, Caroline Gomes.

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