
Un enlèvement, une disparition ou un droit de passage
Un jour de nuit, un homme et une femme m'ont kidnappée. Ils m'ont déposée sur la banquette arrière de la voiture et nous avons filé.
À l'approche d'un petit pont que j'ai immédiatement reconnu pour l'avoir souvent traversé avec mes frères pendant nos excursions clandestines de jour, l'idée m'est venue de frapper l'une contre l'autre la tête des deux inconnus. Je l'ai souvent vu faire dans les films de cow-boys que je regardais avec mon père.
Naturellement, ils ont été forcés de stopper net la voiture et j'en ai profité pour m’échapper. J'ai immédiatement enjambé la balustrade et plongé dans la rivière (Habituellement, ce sont des voitures qui roulent dans cette artère).
Au cours de ma descente, je voyais défiler des rêves dans lesquels je pouvais entrer et sortir à ma guise et qui faisaient bifurquer l’histoire de ma fuite vers une nouvelle péripétie. J'en ai profité pour explorer les formes, les couleurs et des odeurs d’en bas. Chaque péripétie épuisée me ramenait à la tige principale. Pour faire surface, il me fallait reconnaître la porte «réalité extérieure».
Après l'avoir vue défiler quelques fois, j'ai fini par l'ouvrir.
P.S. Je me suis rappelée que l’une de mes chaussures en cuir rouge-vin que j’aimais passionnément avait glissé de mon pied droit et disparu dans les abysses. Je n'ai jamais pu la retrouver.
©2021, Un enlèvement, une disparition ou un droit de passage, Caroline Gomes.
