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Le Tango

(Une voix)

Elle fait sa valise dans l’urgence.

La femme grimaçante est chassée sans appel.

C’est la fin d’une alliance.

Trente ans ont passé.

 

Un homme a prononcé l’arrêt.

Désormais, il ne bouge plus.

Il ne parle plus.

Sans gravité, ses rayons se perdent.

 

Une autre femme a tout vu du salon.

Déjà, de temps à autre, elle le rencontre brièvement.

Il se roule dans la boue au pied de l’escalier de sa maison, puis, l’instant d’après, vêtu comme un dessin animé japonais, noir de cheveux, il tente de s’immiscer chez elle par une fenêtre. Il lui est aussi arrivé de le croiser en voyage tandis qu’elle parcourait les rues d’une ville italienne affublée de pattes de poule. Il l’accostait et la complimentait en balayant sa mèche blonde du revers de la main.

 

Mais il a tôt fait de redevenir le fantôme qu’il a toujours été.

Il la fascine, mais plus encore, elle le craint.

 

À cet instant,

une fois de plus,

il est à sa portée.

Stationné,

sur le même plancher,

disponible,

attendant patiemment de pouvoir graviter sur son orbite à elle.

Mais en quoi serait-ce différent des autres fois?

 

(La femme)

Peut-être parce qu’il souffre,

 

Mon étoile se pâme.

Elle a rompu les fils de l’araignée.

Je la prends dans mes bras.

J’enroule sa nuque avec mon long cou.

(On m’a souvent fait remarquer qu’il l'était.

Peut-être a-t-il été créé pour cela?)

Je sens…

Je sens…

Qu’un tango commence

 

De lui à moi, un peu d’un nouveau courant passe.

Pour le moment, juste assez pour percevoir les signaux étranges qu’il m’adresse.

Les impulsions des possibles.

Je peux dire oui.

Je peux dire non.

Ainsi le plancher se couvre de traits et de points liés quand nous dansons.

L’un contre l’autre.

©2021, Le tango, Caroline Gomes.

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