Comme un baiser fulgurant de vie
Le feu. Le feu d’Annie Thibault. Le feu dont elle embrase le ciel et le feu dont elle nourrit la terre. La chaleur du feu imaginé pour créer des mondes. La chaleur de son feu créateur. Le feu amoureux des forces agissantes dans le secret de la matière. L’amour en feu quand ciel et terre s’unissent. Le rite incandescent de l’échange solaire comme un baiser fulgurant de vie.
Le vase étanche où mijote nos vies fragiles. Dôme et berceau comme les dos de grand-mère et les creux d’oreiller de nos premiers « a », tracés tremblants à l’origine de notre conscience. La protection de l’arc igné. La sécurité étonnante de notre barque interstellaire. Nous marchons à petits pas sur la carapace de notre mère. Nous rêvons à l’abri de notre bulle d’air.
Le feu intérieur qui fuit des fentes de la Terre. Son cœur comme le nôtre, embrasé.
La barque sous la voûte. Un espoir, humain, au fil de l’eau. Le refuge intime où couver nos rêves, où panser nos blessures. Nos fragilités bien au chaud dans l’arche du monde. Une barque pour voyager le long de l’existence, fleuve impétueux qui secoue nos peaux. Nos corps, des barques pour notre vie et notre mort.
Puis la triade des « chörtens », gardiens millénaires du toit du monde, soudainement transportés dans notre champ rationnel. Leur présence, solide, majestueuse, comme une question silencieuse à notre âme bouche bée. La structure des forces premières : socle et terre, sphère aqueuse, feu triangulaire, couronne d’air et le sourire de l’éther.
Formes palpables, dodues des noces de l’esprit et de la matière. L’humain, fruit de leurs effusions. Des hauts plateaux du sommet du monde à notre vieille vallée usée par le voyage des glaciers. Mystère des parentés profondes, accord des âmes chercheuses.
L’âme peut-être tibétaine d’Annie Thibault.
©2021, Comme un baiser fulgurant de vie, Françoise Charron. Texte écrit pour la brochure accompagnant l’exposition « Entéléchie » de Thibault à la Maison de la culture de Gatineau en 1992.
