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la mer, l’eau, le sable

la mer, l’eau, le sable // la mer, le verre, l’horizon // le sable, le verre, la mer // l’acier, le verre, le plomb // la mer, le verre, le navire // l’horizon, l’acier, le plomb // le sable, la mer, l’eau // le vent, la barque, le verre // le navire, l’acier, le plomb // l’horizon, la mer, le verre // la barque, le vent, l’envers // l’ocre, l’horizon, la mer // l’endroit, le sable, le verre // l’arche, l’acier, le plomb // l’horizon, le ciel, la mer // le verre, l’acier, le plomb // la maison

les sédiments des jeux d’enfants sur l’île battue par le vent et la mer
repères sur la ligne d’horizon

je suis né sur une île que j’ai quittée
tout autour la mer
c’était le monde entier

au ventre, l’étrange nécessité de re-faire, re-façonner, re-former
inlassablement le monde

ce curieux entêtement à saisir la forme retravaillée du monde avec les mains grasses et juteuses de la matière – cette éternelle prise au corps de l’ange et de la bête, les opposés heureux de l’univers

la trace de son esprit au travail
dans le sillage de ses rêves
la forme
qui plonge dans le cœur malléable de la vile matière
qui s’appuie sur les piliers de l’acier
qui se livre à la fluidité du verre
là où se profile l’ombre de la pointe d’ocre

l’étrange présence de l’œuvre sculptée
question permanente à notre chair

invitation à parcourir et obstacle posé en travers

l’étrange animation de l’œuvre sculptée
vivante, parlante comme nos corps

l’œuvre sculptée, l’espace intérieur qui prend place, se bombe de réalité

l’énigme de l’être vivant de l’œuvre sculptée
modulation du corps sculptant
indice du geste en quête
trace formée de désir
il explore la matière à l’aide du compas de ses idées

des eaux salines
il tire une barque
l’empreinte du ventre du monde
qui, entre deux vagues d’imaginaire, s’ouvre
l’instant de livrer
l’œuvre
matière coagulée
détachée du monde idéant
le dessus du dedans
la pellicule de surface
s’inverse en coquille
le bombement de la mer
le berceau de la barque
les deux arcs du sourire du monde

l’espace abrité des intérieurs
délimité par les cadres
de nos peurs

l’espace à découvert de sculptures
émouvantes des désirs enfantés

de l’île à l'œuvre, il a sculpté le passage
deux espaces pour la déambulation
deux espaces en quête d’horizon
le lieu tangible de la conjonction

©2021, la mer, l’eau, le sable, Françoise Charron. Texte écrit pour la vidéo sur le sculpteur Jean-Yves Vigneault, réalisée par Normand Rivest au centre d’artistes Daïmon

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