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Allons la mer est belle - suite

  • F
  • 16 févr.
  • 2 min de lecture

Rien ne vaut s’allonger sur une transat pour contempler l’océan. Il entre par tous les pores de la peau, par tous les cônes et bâtonnets des yeux, par toutes les cellules du nez et des oreilles. Même la langue est mise à contribution. Bien qu’on soit dessus, bien qu’il s’étale sans fin sur l’horizon, il nous entoure, nous enveloppe. Contemplation, voilà l’état dans lequel il nous plonge. Il absorbe toute l’attention. Il ne demande rien, aucune action n’est requise. L’observer est le seul acte nécessaire. Et se laisser envoûter par le changement incessant de ses couleurs, les mille reflets du soleil sur son immensité, le roulis infini de ses vagues mousseuses, les fines nuances du camaïeu de ses nuages. Il donne envie de rouler et de dérouler tous les beaux mots du trésor marin de la langue française.

 

Mais il y a pire. Sa présence vivante. Est-ce bien des vagues ou s’agirait-il en fait des écailles rutilantes d’un gigantesque dragon qui fait le tour de la terre? Qui prend tout à tour les noms d’Atlantique, de Pacifique, d’Arctique, d’Antarctique? Qui tantôt se repose, lisse comme une mer d’huile, tantôt se braque en tempêtes houleuses ou, encore, se la coule douce, berçant tendrement toutes les embarcations téméraires qui s’aventurent sur son dos.

 

Alors, je pense à l’homonymie de mer et de mère. Et au fond de moi, je sais que c’est notre maman à tous, que nous émergeons tous des eaux de la mer. Passage obligé pour accéder à l’air.

 

Et depuis le pont du paquebot, appuyée au bastingage, je sais maintenant qu’elle est là, une force et une énergie indomptables, et j’en suis réconfortée et remplie d’une joie profonde : alors que nous, les pauvres humains, on s’agite, elle est ce qu’elle est dans sa grandeur et sa puissance – dans sa beauté sublime – et vous et moi en sommes partie prenante, comme s’il fallait cesser de nous en faire…

 

Cette traversée océanique donne à l’âme plus de légèreté, plus de sérieux aussi. Elle donne une échelle de grandeur avec laquelle mesurer tout le reste, un étalon pour tout mettre en perspective. Et c’est terriblement rassurant de savoir que l’océan vit à tous les instants, qu’il est toujours là. Alors, dans le creux de la nuit, quand trois heures sonnent et que l’ailleurs se presse aux fenêtres des maisons, les images remémorées de son existence incontournable ensorcellent même les gribous.


F

 

L'Atlantique, mars 2025

 
 
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