top of page

Allons la mer est belle 1

  • F
  • 25 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Le pont d'un paquebot. Sa cheminée.

Depuis le quai, impossible de voir tout le paquebot tant il est grand, arche des mers. Noé en aurait rêvé, tous les animaux confortablement installés dans leurs cabines, vaquant à leurs occupations quotidiennes sur les ponts, du tout premier qui donne l’impression d’être près des vagues, jusqu’au treizième, souvent brumeux, où auraient pu se balancer girafes et éléphants au gré des humeurs de l’Atlantique.

 

Pour pénétrer dans ses entrailles, il faut emprunter la passerelle entre terre, ciel et mer, premiers pas vers l’étendue inconnue si désirée. N’ayant jamais fait ce voyage marin, l’inattendu, l’insoupçonné, l’imprévisible et l’imprévu, l’inespéré et le surprenant sont au rendez-vous.

 

La mémoire ancestrale s’éveille en moi dès que je pose le pied sur le pont. Elle me chuchote, « laisse-toi travailler par l’océan, laisse l’océan te transformer, il te fera vivre à son échelle. »

 

J’ai voulu refaire la traversée que mes ancêtres avaient entrepris pour venir jusqu’à ce qui est devenu leur et mon pays. Certes, il n’y a rien eu de comparable entre leur traversée et la mienne, sauf l’immensité de l’Atlantique Nord. Au 17e siècle d’un port de France jusqu’à Québec, la leur pouvait prendre jusqu’à 90 jours si les vents étaient défavorables. Sans parler des conditions d’hygiène, de nourriture et d’intimité dont je ne parlerai pas me fiant à l’imagination de chacun. La mienne de traversée a duré cinq jours dans le confort d’un grand hôtel. Pourtant, je ne cessais de penser à eux et à elles, hommes, femmes, enfants, bœufs, ânes, chèvres, moutons, poules, coqs, oies et chevaux, tous ensemble dans les navires en bois gréés de grandes voiles. Quel courage, quel désespoir, quel esprit d’aventure les tenaillaient ainsi, tous empilés dans cet espace étroit, pour affronter et subir tant de misère dans l’espérance d’un monde meilleur! C’est l’étoffe dont on est fait, mais l’avons-nous oublié, maintenant qu’on se plaint de tout et surtout de rien?

 

Tous les passagers sont à bord, la passerelle est détachée et le navire quitte le quai en douceur, s’engageant dans les eaux portuaires de Southampton. Au revoir l’Angleterre, l’autre mère-patrie, puisqu’en notre pays, nous sommes devenus bicéphales, pour ne pas dire multicéphales aujourd’hui.

 

Peu importe, l’océan m’attend, m’appelle. Je me tiens tout en haut presque à la proue, juste au-dessus de la capitainerie, pour voir s’ouvrir l’horizon alors que le soleil se couche et, en ouvrant les bras, je chante I will always love you, croyant que c’est la célèbre chanson du film Titanic. Je ne serai détrompée qu’à mon retour chez moi en allant chercher l’album sur une plateforme musicale. La fameuse chanson, c’est My Heart Will Go On. Finalement, ça veut dire la même chose.

 

La nuit vient. Le paquebot devient une vitrine illuminée. Nous sommes en route. Nous avons quitté la sécurité relative du port pour rejoindre la haute mer et, déjà, je sens son roulis, moi qui ai tant aimé me faire bercer petite, je suis ravie de sentir le bateau tanguer. C’est très léger, car l’eau est plutôt calme, mais je le sens quand même. C’est l’enchantement qui s’amorce.

 

Dès l’entrée dans la cabine, je me précipite pour ouvrir les portes vitrées qui donnent sur le balcon cloisonné, sauf une grande ouverture qui me fait penser à un écran de télévision donnant, cette fois, sur le réel. La cabine se trouve au cinquième pont et l’océan semble à porter de main. Malgré le froid et la noirceur, je vois l’eau s’agiter dans les reflets de l’illumination du bateau. Mon cœur bat très fort. Le bonheur d’être sur la mer, proche d’elle. Je la sens vivante, elle respire, elle bouge, et j’imagine tous les êtres qui la peuplent, juste en-dessous. Je me sens minuscule en sa présence, ça remet en perspective, ça fait du bien.

 

Trente-six heures se sont écoulées depuis le départ de Montréal pour arriver à ce moment précis. Tout d’un coup, l’excitation me laisse et la fatigue me tombe dessus. C’est le temps d’aller au lit. Demain m’attend.

 

Dans le baquebot. Vue de l'océan de la fenêtre d'une cabine

 
 
Le concours de personnalité

Un concours de personnalité se déroule en ce moment même, en cette dernière fin de semaine de janvier 2026. En fin de journée, les participantes paraderont sur l’avenue Monde. Le public déterminera la

 
 
bottom of page