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L’été des retrouvailles

Cargo
16 sept.
3 min de lecture

C’est les vacances d’été, les années 80, un temps hors de l’ordinaire parce que l’École nous abandonne et que nous nous retrouvons dans l’angle mort des parents. Toutes nos ébauches d’aventures, les réelles comme celles issues de notre imagination ou de nos rêves, se mélangent à l’air que nous respirons pour nous prémunir du pollen.

 

Pendant la pause estivale, les mauvaises herbes gagnent du terrain et le nombre des bonnes manières, des bonnes règles d’accord, des bonnes connaissances, des bonnes notes ou des bons amis diminue. Les sens redeviennent les plantes indigènes qu’ils sont. Quelques semaines d’oisiveté et un espace libre rempli de possibilités sont fatals à tous les programmes. Pas besoin d’escadron.

 

Je renoue avec ma nature sauvage et libre, avec mes jeux et mes histoires qui ne sont ni des divertissements ni des récréations, et je ne voyage jamais en touriste. Je retrouve un à un mes sens propres : ma façon unique d’écouter, de voir, de toucher et de m’imprégner des odeurs sans qu’elles soient forcément ou bien bonnes ou bien mauvaises. Je participe sans qu’on me demande. Quand la curiosité s’en mêle, mes questions affluent tant avec l’eau douce du Lac qu’avec l’eau salée du Saint-Laurent. Le mieux que les parents puissent faire, c’est de couper leur pelouse.

 

Quand l’école se conjugue au passé simple, que nous avons échappé « au camp de vacances » et que les tâches ménagères qui nous sont destinées sont accomplies, nous pouvons faire l’expérience de l’oisiveté, rarissime de nos jours, la mère soi-disant de tous les vices ! 

 

Pour ma part, une fois la bride lâchée, le désir irrésistible de me déchausser me prend : je me débauche. Je marche pieds nus dans l’aube sans attendre le ok de Félix. Les après-midis de grande chaleur, la pierre plate et ronde sur laquelle je rôtis anéantit toutes mes bonnes résolutions. Le temps n’existe plus après un long moment coucher dans l’herbe à réfléchir le ciel. Mes oreilles apprennent à distinguer les sons et les bruits de la nature. Je mourrai pleine.

 

Plus les jours passent, plus loin je m’aventure sur la voie ferrée. Au milieu de l’été, je la délaisse pour des chemins de traverse plus prometteurs. Et au bout d’un moment, je défriche mes propres passages.

 

Pendant le grand désœuvrement estival de mon enfance, ce que je pense, fais ou dis n’a, a priori, rien qui soit utile, aimable ou payant, paternellement parlant, mais la moindre expérience ne me laisse jamais indifférente. Et je pèche capitalement. L’enfance n’est pas le jardin d’Eden. Je me goinfre quand je débusque une talle grouillante de petites fraises sauvages sucrées parfaitement. La rencontre d’un vent véhément m’excite et j’ai soudain envie de cambrés et de hurlements.

 

L’effleurement d’un sens devient vite un point de convergence. J’en prends plein les yeux : des arbres, le repère caché des petits voyous du quartier, un champignon improbable, un paysage rocheux au milieu des bois, le sable que me jette le vent au visage, les débris d’un feu de camp, un miroitement différent du Saguenay, l’horizon, un beau visage, Réal le branleux, une petite pierre clin d’œil juste pour moi sur le bas-côté, les cônes en papier peinturés qui décorent le sapin dans la cour.

 

L’oisiveté rafraîchit la forme originale...

 

Nous sommes à la mi-septembre 2026. Le soir est encore bon. Et même si les vacances d’été sont terminées, les grillons chantent encore!

 

Cargo

 
 
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