Ma petite réflexion
« Ma mère », « ma ville », « mon école », « mon homme », « mon fils », « ma famille », « mon chat », « ma robe », « mon argent », « mon médecin », « ma voiture », « mon travail »...
Si jeunes et déjà tant de choses nous lient de tous sens tous côtés.
Et si je disais ces choses autrement, peut-être pas toujours, mais quelques fois pour soulager le poids qui s’accumule.
Par exemple, « C’est le cégep où j’étudie. », « C’est la ville où j’habite. », « C’est la famille dans laquelle j’ai vécu pendant vingt ans. », « C’est le médecin qu’on m’a assigné. », « C’est le chien que j’ai adopté. », « C’est la robe que j’ai dénichée au centre d’achats. », « C’est l’argent que je reçois pour mon travail. », « C’est le jeune homme dont je suis la mère. », « C’est le travail pour lequel j’ai postulé. », « C’est l’homme que j’aime, le restaurant que je préfère. » et ainsi de suite.
Cet amas de déterminants possessifs ou de détermination possessive finit vite par peser lourd dans une vie.
Il devient plus ardu de se déplacer, de choisir, de changer ou de laisser entrer du nouveau, me semble-t-il. Après avoir prononcé tous ces monmamès, puis-je encore me sentir libre et légère quelques fois?
Je suis nécessairement liée à tout ce que j’affirme être à moi. Aussi bien choisir avec discernement les liens que je tisse. Pour se déployer en tant qu’homme, un fils ne doit-il pas un jour quitter parents et maison familiale. Tous ces liens de possession en quantité excessive peuvent-ils l’en retenir? Si je garde un bon souvenir de l’école de mes années de primaire, dois-je pour autant vivre le reste de ma vie à proximité?
En fait, je sens parfois que le monde extérieur me veut tout à lui, qu’il tente de m’assujettir par toutes sortes de possessions, des plus ambitieuses aux plus inutiles tant et aussi longtemps qu’elles me détournent de ce que je suis ou pourrais être.
Je veux m’appartenir quelques fois, plus souvent. Je veux bien vendre des services pour un salaire au moyen duquel je mange, je me vêts ou je me déplace, mais je n’est pas à vendre. Je peux aider les parents dont je suis la fille, mais je ne suis pas leur servante. Je ne m’appartiens plus si je ne suis plus en mesure de répondre « non » à l’un ou l’autre de ces monmamès. Alors ils me possèdent et je suis leur esclave.
Les humains n’ont pas à proprement parler de racines, à moins qu’elles se cachent à l’intérieur de lui, ce qui explique qu’il puisse se déplacer comme bon lui semble. C’est utile pour s’échapper parfois. Vivre des aventures n’est pas l’apanage des héros et des héroïnes de romans. L’aurait-on oublié?
Cargo



