La Saint-Valentin (ou aimer, être aimé-e)
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- 2 mars
- 3 min de lecture

Je suis en retard, c’est vrai ou je retarde plutôt. Il paraît que Jean Coutu a vendu tous ses bouquets de roses à 25 $, sans parler des boîtes de chocolat. Il ne reste plus de Turtles nulle part. Le plus comique, c’est que Valentin était un prêtre de Rome où il mourut martyr en l’an 270. Dans mon dictionnaire des noms propres Le Robert, il est dit que « pour des raisons obscures, la fête de ce sain est confondue, depuis le 15e siècle, avec la fête des amoureux. » Je vais en rester là sur l’histoire très complexe de l’origine de cette fête, car c’était juste un prétexte pour introduire mon propos sur aimer ou être aimé-e.
D’après les rumeurs, il serait plus facile d’aimer que l’autre option. Car il semblerait que l’important, c’est d’aimer et pas nécessairement une personne. Les sujets ou objets d’amour sont innombrables : de la musique à la peinture, de l’art culinaire à la littérature, de l’horticulture à la photographie, du sport en tous genres aux loisirs de tout acabit, des bondons aux papillons, des chats aux chiens, en passant par les lapins, les hamsters et les perroquets. Ainsi que toutes les variantes de ces genres d’amour. Il faut que je m’arrête d’énumérer, car l’innombrable est synonyme d’infini.
Donc, aimer. Aimer quelque chose, s’y adonner, le nourrir, l’approfondir, le cultiver, en prendre soin, y veiller. Bien sûr, ça peut être une personne, mais, à bien y penser, il y a sans doute autant de sortes d’amour qu’il y a de relations : des proches aux amis et amies, des amants aux époux, des amantes aux épouses, des collègues aux vedettes, aux enfants et ados, aux neveux et nièces, etc. Tous les degrés et qualités de l’amour s’y expriment. Je me répète. Comme le dit la chanson, l’important, c’est d’aimer. Ça veut dire quoi : s’investir, s’engager, durer dans le sentiment. Malgré tous les millions, pour ne pas dire les milliards de livres écrits sur le sujet, et les films et séries télé avec ça, on n’a pas encore fait le tour du sujet.
Ce que je retiens surtout, c’est le don du temps, de l’énergie, des pleurs et des grincements de dents. C’est aimer tout croche, trop, pas assez. C’est aimer des grognons, des peureux, des artistes, des vendeurs de chars, des polices, du monde imparfait quoi! C’est ce qui me tape sur les nerfs le plus de toute la littérature censément psychologique : « l’amour sain ». Veulent-ils-elles rire de nous? C’est ça, c’est une blague! De grands comiques, ces prédicateurs de l’art d’aimer les personnes propres, raisonnables, rationnelles, affectueuses, respectueuses, gentilles, avenantes, sensibles, à l’écoute, communicatrices, capables d’exprimer leurs sentiments, leurs émotions et ce qui ne va pas (si ça arrive) avec calme et dignité. Je pensais que la perfection n’était pas de ce monde… Une petite pilule avec ça?
Pour l’autre option, être aimé-e, c’est une tout autre histoire. Est-ce passif ou actif? Faut-il faire quelque chose? Doit-on avoir des atouts particuliers? Faut-il absolument répondre aux critères psycho-pop énoncés ci-dessus? Une chose m’apparaît claire : c’est une grande responsabilité que de recevoir de l’amour quand on est adulte. Enfant, c’est une évidence trop souvent négligée. Mais une fois adulte, on tient le cœur de l’aimant-e dans notre main, son bonheur et son malheur. Si on sert trop fort, on blesse, si on ouvre trop grande, on affole. On devient un réceptacle, coffre-fort, vase de verre. Tout est dans l’accueil, la présence. Pour beaucoup, c’est trop. Être aimé-e un peu, c’est assez. Ça laisse de l’air pour respirer, de l’espace pour agir. Et puis, il y a toujours la première option, celle d’aimer, pas même besoin que ce soit un être humain.
« Eh! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger? J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages! » (« L’Étranger » de Charles Baudelaire)
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