Y en a marre
- F
- 16 mars
- 2 min de lecture
Je me suis surprise à chantonner en ritournelle, « Y en a marre, y en a marre ». De quoi au juste? Pas de ma petite vie tranquille à l’abri dans ma province où l’on peut discuter en long et en large du troisième lien ou du référendum possible, éventuel, etc. etc. De si la CAQ va survivre ou sera lavée de la carte. Comme le disait un certain metteur en scène d’origine libanaise, « dans ce pays trop en paix. » Il est servi de ce temps-ci parce que ça barde au Liban. Une petite bombe avec ça?
Certainement pas non plus des supermarchés remplis de victuailles. Ok, c’est cher, mais, au moins, c’est bourré de bouffe. Soixante sortes de céréales, quarante sortes de biscuits, trente sortes de croustilles (mais des chips, c’est meilleur). Des raisins verts d’Afrique du Sud (quel voyage hallucinant pour un petit fruit), des mini bleuets sauvages congelés, sucrés comme des bonbons, sans doute issus du Royaume. Des kiwis de Grèce. Dix sortes de pommes du Québec et des Zétats. À peu près cinquante sortes de fromages, de viandes froides… Bon, ça suffit les énumérations.
Je peux faire le plein, maintenant à 1,63 $/litre (prix au moment d’écrire ce texte). Je peux aller voir du théâtre au CNA. Des concerts. Boire une bière, du vin, du fort dans des endroits pas loin de chez moi. C’est sûr qu’on peut laisser son char dans les nids de poule, mais avec un peu de slalom, on peut se rendre.
C’est sûr qu’on attend longtemps à l’urgence, qu’avoir un rdv chez le médecin, c’est une course à obstacles, si on n’a pas la chance d’être inscrit dans un GMF. Mais on finit par se faire soigner quand même et, si on arrive en ambulance, ça va plus vite quand même. On a quand même deux hôpitaux côté québécois, sans parler des hôpitaux l’autre bord. Alors, quand même…
Par ailleurs, la mode printanière est arrivée dans les boutiques. S’acheter des vêtements neufs avec des souliers en cuir patent, comme on disait dans le temps, quel bonheur simple. Dommage cette année, Pâques est tôt. On sera obligé de porter notre manteau d’hiver. On se reprendra au resto pour parader notre attirail dernier cri.
Je vous l’accorde, se loger coûte les yeux de la tête, qu’on soit locataire ou propriétaire. Au moins, on est sûr de ne pas voir un essaim de bombes à sous-munitions venir nous pulvériser.
Bon, je délire. C’est que ça me fait délirer ce qui se passe là-bas. Au point, où, nous, bien au chaud dans notre ville dodue, oublions la grâce de vivre en paix. L’anxiété nous gagne. L’angoisse nous étreint. Notre imagination s’emballe et le mammouth arrive vers nous au pas de course… dans notre tête. Nous finissons par penser que tout va mal, que rien ne fonctionne, qu’on s’en va dans la dèche, le tout relayé et amplifié sans cesse par les médias en tous genres.
Alors, y en a marre. Je vais m’amarrer dans le présent d’ici où j’ai la chance et le privilège de vivre dans ma ville douillette à l’orée de la forêt et dans mon pays trop en paix… qui, je l’espère de tout cœur, va le rester.
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