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Le souper

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Boris passe une main dans ses cheveux, ferme les yeux. Il ne sait plus quoi penser de ce que Judith vient de lui dire. Il n’aurait même pas sa bonne adresse et elle ne connaîtrait pas le type qui a fourni cette supposée bonne adresse. Un sentiment bizarre monte en lui. Il a l’impression d’être à côté de lui-même. Tout devient incertain. Et si Judith disait vrai?


Elle le regarde, voit bien qu’il est tout décontenancé, espère qu’il va s’en remettre. En fait, elle est tout aussi démontée que lui. Elle se montre brave, voire fanfaronne, pour donner le change, car, dans le secret de son cœur, elle est bouleversée de retrouver un Boris qui semble amoureux d’elle, n’en avait-elle pas rêvé dans le temps? Ce vieux sentiment enfoui remonte contre son gré, elle n’y peut rien, sauf le garder pour elle. Vaut mieux qu’elle se l’avoue maintenant et qu’elle en tienne compte, elle s’évitera peut-être un geste qu’elle regrettera. De toute façon, la situation est tellement improbable qu’elle commande la plus grande prudence.


Boris ouvre les yeux, ramasse les photos et les lettres, les remet dans son sac. Il esquisse un sourire malgré son air triste.


B - Une chose est sûre, tout ça me dépasse. Je vais retourner à l’hôtel.

J - Pourquoi tu ne viendrais pas souper chez moi. C’est juste à côté.

B - Je ne sais pas.

J - Je te jure, on ne parlera plus de rien.


Malgré tout, c’est bien Judith et son nez retroussé. Elle est toujours aussi singulière. Boris n’a pas envie de se retrouver seul dans son état effarant.


B - OK, juste si tu me le promets.

J - Juré craché. Du spaghetti, ça te va?


Boris acquiesce. Judith réussit à faire signe au serveur d’apporter les factures et la machine. Ils paient chacun leur dû, puis quittent le Fou pour se diriger vers l’auto de Boris. Une fois assis, ils se regardent et, encore une fois, le temps semble s’évanouir.


***


J – Veux-tu du dessert? J’ai une tarte aux pommes.

B – Faite ou achetée?

J – Faite de mes propres mains.

B – Dans ce cas-là, oui, j’en prendrais un gros morceau. Je ne savais pas que tu étais aussi bonne cuisinière.

J – Hé! On a dit qu’on ne parlerait de rien.

B – C’est plus fort que moi de te voir comme ça.

J – Comme ça comment?

B – Bien, pareille.

J – Boris, je t’en prie, ne recommence pas.

B - Excuse-moi, c’est difficile d’essayer de me démêler.

J – Je comprends. Tiens, ton gros morceau.


Pendant que Boris déguste son dessert, Judith l’examine d’un autre œil. Elle se rend bien compte que l’homme devant elle n’est pas celui qui la faisait rêver à l’université. Son attitude bienveillante, sa sensibilité, voire sa douceur, ce n’était pas l’apanage du Boris dont elle se souvient, toujours pressé, jamais seul, bon vivant, ricaneur, une belle arrogance, presque qu’un bad boy.


B – Excellente ta tarte aux pommes!

J – Merci!

B – Je vais partir bientôt, mais avant je veux en savoir plus sur le gars dont tu m’as parlé au resto. Tu disais qu’il pourrait peut-être nous aider.

J – Ah! Oui, Gaétan. C’est tout un numéro, un pas pareil comme. Bien sympathique quand même, il a du bon sens, malgré, disons, ses capacités. Je te l’ai dit, selon lui, il peut voyager dans le temps. Je n’ai jamais testé ses dires, mais on perdrait quoi à le consulter.

B – Notre temps, Judith, notre temps.

J – Bien moi, ça ne me fait rien de perdre mon temps!

B – Ok, ok!

J – De toute façon, je continue de penser que ce qui arrive, c’est un problème de temps, c’est pour ça que j’ai pensé à Gaétan. Écoute, je l’appelle tantôt. On verra bien ce qu’il va dire.

B – Bon, je vais aller à l’hôtel. Je suis au Holiday Inn sur le boulevard de la Carrière. Appelle-moi demain avant-midi vers 11 h pour me dire ce qui en est.

J – Je t’appellerai san faute.

B – Merci pour le souper et la compagnie. Ça m’a fait du bien.

J – Tant mieux, moi aussi en fait.

B – Peut-être qu’on n’est pas si étrangers l’un pour l’autre.

J – Boris!!!

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